Catégorie : Pour saluer…


Hommage à Glissant

EDOUARD GLISSANT

1928-2011

UNE AFFECTUEUSE REVERENCE

Le 21 septembre prochain Edouard Glissant aurait eu 83 ans.

Premier anniversaire depuis sa disparition, le 3 février 2011.

Cependant, il est là, parmi nous, auprès du rocher du Diamant,

dans les rumeurs du petit cimetière,

sur l’éclat de la plage ardente.

Mercredi,

dès 17 heures,

se retrouver, se rassembler,

lui réciter un peu de ce qu’il nous a si longtemps récité :

poèmes, pensées, fulgurances et visions…

Chacun pourra lui parler en silence ou en murmures,

en poèmes ou témoignages,

manière de dégager cette absence qui nous pèse

dessous la grandiose extension d’une œuvre

qui l’incline pourtant et la tient en respect :

« Rien n’est vrai, tout est vivant ».

MERCREDI 21 SEPTEMBRE,

à partir de 17 heures,

cimetière du diamant

ouvert à tous, ouvert à toutes,

pour une très simple, très douce,

très affectueuse révérence.

Patrick Chamoiseau

Cécité patrimoniale

MAISONS D’ILLUSTRES OU LIEUX TERRIBLES ?

Le nouveau label du ministère de la culture destiné à mettre en valeur les maisons de « personnages illustres » a été appliqué en Martinique de manière très étrange.  Si l’on examine les trois maisons « élues » –– celle d’Homère Clément au François, magnifiée par l’excellent travail de la Fondation Clément ; celle de la Pagerie aux Trois Ilets, avec en arrière-plan la Joséphine de Beauharnais ; enfin le domaine de Fond Saint-Jacques avec comme ombre portée le sieur Jean-Baptiste Labat –– on s’aperçoit que les « corrélations » avec les temps esclavagistes, et même avec l’esclavagisme actif, sont inquiétantes. Pour ne parler que du Père Labat je ne vois rien là « d’illustre » : seulement l’abîme qui se noue entre un esprit brillant, à l’ampleur humaniste, et les perversions d’un sinistre esclavagiste. Et toutes ces maisons (que l’on pourrait sans problème qualifier de « remarquables », ou « extraordinaires »), gardent tout de même les échos de l’une des formes de deshumanisation jamais atteinte par tous les esclavages connus de l’histoire d’homo-sapiens-demens.

Élévation et dignité

Le mot « illustre », n’atteste pas seulement d’une grande notoriété (à ce régime-là Hitler serait illustre), il distingue surtout une trajectoire exemplaire du point de vue de l’élévation et de la dignité humaines. Dès lors, si les historiens, responsables politiques et homme de conscience martiniquais avaient été simplement consultés, on aurait sans doute vu surgir la maison Aliker encore abandonnée rue Garnier pages, celle de Césaire à Redoute, celle de Gilbert Gratiant, celle de René Ménil, ou celle d’Edouard Glissant au Diamant, peut-être le siège du Parti communiste martiniquais au Terres Sainville, la maison Lagrosillière à Sainte-Marie…, on aurait cherché quelque lieu de séjour de l’admirable Victor Schœlcher, de Louis Telga, de Rosannie Soleil, de Frantz Fanon, ou encore ces innombrables cases anonymes qui sont autant de traces d’héroïsmes et de courage sans écriture, sans cirque et sans parole… Hélas, notre notion du patrimoine ne sait pas encore identifier, et encore moins valoriser, toutes ces attestations qui pour n’être que des « Traces » s’érigent pourtant en stèles d’une ampleur infinie… Néanmoins, malgré nos incapacités, pour éviter le pire ou conjurer les bizarreries, le balisage symbolique du lieu Martinique doit demeurer une stricte affaire martiniquaise.

Patrick CHAMOISEAU

L’asymphonie du Tout-Monde

Un précurseur méconnu de Glissant, Platon penseur du Tout-Monde :

“−LE JEUNE SOCRATE. Quelle est l’erreur que nous venons de commettre dans nos divisions, comme tu le prétends ?

−L’ETRANGER. Voilà en quoi elle consiste : pareille à celle que quelqu’un qui, s’étant proposé de diviser en deux le genre humain, le diviserait selon le mode de répartition usité par la plupart des gens de ce pays, en isolant, comme une unité à part de tout le reste, la race des Grecs, tandis que, une fois la dénomination de « Barbares » appliquée à l’ensemble total des autres races, dont le nombre est pourtant infini, qui entre elles ne s’unissent pas et ne parlent pas la même langue, on s’attend à trouver dans cette dénomination unique la raison de l’unité de la race. »

Platon, Le Politique

La mise en garde est claire : il faut se méfier des mots qui imposent des divisions arbitraires sans ancrage dans la réalité. Nommer l’Autre comme autre ce n’est pas découper sa réalité mais l’enfermer dans une catégorie abstraite. Une sorte d’homocentrisme nous habitue à rejeter le différent dans une seule et même catégorie, la catégorie de l’Autre. Cette facilité nous condamne à la cécité : nous ne voyons alors qu’un seul et même ensemble étranger, là où grouille  une diversité infinie. Nous nous représentons une totalité morte là où se manifeste un tout vivant, bariolé et complexe. L’Autre, ce sont en réalité une infinité d’autres, qui ne forment pas une totalité homogène mais un tout disparate, et qui parlent des langues qui ne forment pas une symphonie une, mais un chant à la lettre « asymphonique »: asumphônois, dit en effet Platon. C’est à cette asymphonie des langues du Tout-Monde qu’une raison pressée de catégoriser se rend sourde. Le logos platonicien, lui, nous y rend sensibles. Chose remarquable entre toutes, Platon place cette leçon de diversalité que n’eût pas reniée Glissant dans la bouche de L’Etranger (Xenos), d’où sort, comme de juste, sinon la vérité du moins le vivant du monde.

Bagne

Le nouveau livre du photographe J.-L. de Laguarigue  suivi d’un texte de P. Chamoiseau, en souscription dès maintenantsouscriptionbagne

Appareillage

La plénitude à l’horizon

Là tout, ici rien…

Le temps enfui du plaisir

Plus Jamais, poème de Louise de Villemorin chanté par Guy Béart

Guy Beart – Plus jamais

Plus jamais de chambre pour nous,
Ni de baisers à perdre haleine
Et plus jamais de rendez-vous
Ni de saison, d’une heure à peine,
Où reposer à tes genoux.

Pourquoi le temps des souvenirs
Doit-il me causer tant de peine
Et pourquoi le temps du plaisir
M’apporte-t-il si lourdes chaînes
Que je ne puis les soutenir ?

Rivage, oh ! rivage où j’aimais
Aborder le bleu de ton ombre,
Rives de novembre ou de mai
Où l’amour faisait sa pénombre
Je ne vous verrai plus jamais.

Plus jamais. C’est dit. C’est fini
Plus de pas unis, plus de nombre,
Plus de toit secret, plus de nid,
Plus de lèvres où fleurit et sombre
L’instant que l’amour a béni.

Quelle est cette nuit dans le jour ?
Quel est dans le bruit ce silence ?
Mon jour est parti pour toujours,
Ma voix ne charme que l’absence,
Tu ne me diras pas bonjour.

Tu ne diras pas, me voyant,
Que j’illustre les différences,
Tu ne diras pas, le croyant,
Que je suis ta bonne croyance
Et que mon coeur est clairvoyant.

Mon temps ne fut qu’une saison.
Adieu saison vite passée.
Ma langueur et ma déraison
Entre mes mains sont bien placées
Comme l’amour en sa maison.

Adieu plaisirs de ces matins
Où l’heure aux heures enlacée
Veillait un feu jamais éteint.
Adieu. Je ne suis pas lassée
De ce que je n’ai pas atteint.

(Louise de Vilmorin, L’alphabet des aveux, 1954)

1993 :

http://www.edouardglissant.fr/leshommeslivres.html

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« Soyez réalistes, demandez l’impossible. »

Maurice Blanchot

Glissant, poète né en pays sismique, est l’auteur d’une poétique du tremblement. A l’été 2004, lors d’une rencontre au bord du lac Majeur, il propose comme thème commun aux participants le problème suivant : « Comment ne pas trembler ? »

Ce mois de juillet 2004, Derrida écrit un texte en profonde relation avec la pensée de Glissant :

« Il ne faut pas faire semblant de savoir ce que tremblement veut dire, de savoir ce que c’est que trembler vraiment, car le tremblement restera toujours hétérogène au savoir. La pensée du tremblement est une expérience du non-savoir. L’expérience du tremblement est toujours l’expérience d’une passivité absolue, absolument exposée, absolument vulnérable, passive devant un passé irréversible aussi bien que devant un avenir imprévisible. »

Glissant propsera dans La Cohée du Lamentin une « pensée du tremblement » (Gallimard, 2005, pp. 128-129).

Ce problème inspirera plus tard à Chamoiseau une somptueuse variation dans Un Dimanche au cachot.

Pour autant, dans cette pensée passive, il s’agit d’une pathétique du tremblement : ce sont les coups du temps comme sens interne, et de l’Autre humain qui soufflent la pensée. A ne pas confondre avec cette autre passivité où la pensée se trouve exposée à un dehors radical qui ne doit rien au sens interne ni au cercle humain, et qui est la pathématique.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/11/12/l-impossible-voyage-de-levi-strauss-par-guillaume-pigeard-de-gurbert_1266180_3232.html

http://www.facebook.com/video/video.php?v=1849757240972

L’AFFECTUEUSE REVERENCE 08 02 2011

Édouard Glissant nous a quittés ce jeudi 3 février, emportant avec lui son coutelas au tranchant opaque, rempart pourtant inappréciable contre  l’universelle transparence :

« À parfaire la logique des concepts on peut laisser passer le poids du vécu. »

Sub sole.

« Le commerce, par son activité et ses retours, jette partout l’abondance et la joie, tandis que la finance, par sa cupidité et l’art qu’elle a de parvenir à son but, jette partout le dégoût et le découragement. »

Chevalier de Jaucourt, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

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