http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-entretien-patrick-chamoiseau
Catégorie : Pour saluer…
Soirée littéraire dans les « Foudres Edouard Glissant » à l’Habitation Saint-Etienne au Gros Morne (Martinique)
à l’occasion de la parution du dernier roman de Chamoiseau :
Né le 24 août 1952 à Chapelton, une petite ville dans la paroisse de Clarendon en Jamaïque, Linton Kwesi Johnson part en 1963 s’installer avec ses parents à Brixton (banlieue de Londres) où il effectue sa scolarité et passe une licence de sociologie. Il fait de nombreux jobs, de la plonge (« Dish-washah ») au gardiennage de nuit (« Clock-watchah ») et rejoint en 1972 la branche anglaise des Black Panthers qui organise des groupes d’autodéfense.
Poète des racines
Parallèlement, il travaille la poésie (sous l’inspiration notable d’auteurs tels W.E.B. Dubois, Aimé Césaire, Frantz Fanon ou le poète rasta Bongo Jhéri) et joue des percussions en déclamant ses poèmes dans le groupe Rasta Love. Ses premières poésies paraissent dans le journal Race Today qui publie en 1974 le recueil Voices of the Living and the Dead. Il en sortira un second, Dread Beat an’ Blood, avant d’autoproduire l’album homonyme en 1978 (sous le nom de Poet & the Roots). La même année, il forme un collectif culturel, Creation for Liberation.
Le pouvoir du savoir
Accompagné du Dennis Bovell Dub Band, il enchaîne les disques : Forces of Victory en 79, Bass Culture et LKJ in Dub en 80. La même année il fonde son label, LKJ Records. Au travers de ses activités de journaliste militant et de ses nombreux disques (quatre autres albums de studio, dont les remarquables Making History en 1984 etTings an’Times de 1991, plus un album live et un a capella, LKJ illustre la maxime des Black Panthers, « le savoir c’est le pouvoir », et dénonce inlassablement l’injustice en exprimant par sa « dub poetry » une critique radicale de la société libérale.
Sujet donné à l’épreuve de spécialité de Littérature de l’ENS de Lyon (avril 2012) , ce passage de L’esclave vieil homme et le molosse :
Précisions sur les notes de bas de page apportées par Patrick Chamoiseau :
La version originale :
http://www.youtube.com/watch?v=nMWUF3LYd88
La version célèbre mais épurée des Andrew Sisters :
http://www.youtube.com/watch?v=zGxL2uNr7bk
A partir d’une chanson populaire de la Martinique, Lionel Belasco (à Trinidad) avait écrit sur un « Calypso » (style musical des Antilles) une chanson intitulée “L’Année Passée”. Les paroles de la chanson « Rum & Coca-Cola » furent ensuite écrites par Rupert Grant (aussi à Trinidad) sous son « nom de scène » de « Lord Invader ». Aux Etats Unis, Moorey Amsterdam s’en empara et, mentionnant Jeri Sullavan et Paul Baron comme compositeurs, s’en adjugea les droits d’auteurs. La chanson fut chantée par les Andrew Sisters et connut un succès considérable en 1945. Ce n’est que trois ans plus tard que les véritables auteurs purent faire reconnaître leurs droits devant les tribunaux, et obtinrent partiellement réparation.
Au delà de cette histoire un peu sordide de plagiat et de spoliation, il est intéressant de noter que la version chantée par les Andrew Sisters avait été discrètement débarrassée de l’essentiel de son contenu de critique sociale. En effet, Lord Invader avait rédigé des paroles (présentées et traduites ici) critiquant explicitement l’effet corrupteur et moralement dégradant de la présence des GI américains sur les îles des Caraïbes où ils trouvaient « le repos du guerrier ». Le texte de la version « américaine » ne comportait plus que de vagues allusions, et pouvait être écouté d’une oreille distraite comme une célébration semi-commerciale de l’Amérique au sommet de sa gloire et de sa puissance. Les Andrew Sisters elles-mêmes ne prêtèrent guère attention aux paroles. En dépit de son immense succès, cette chanson fut longtemps bannie des ondes car elle mentionnait d’une part une boisson alcoolisée, et d’autre part une appellation commerciale
(source : http://polyphrene.blogspot.com/2012/03/rum-and-coca-cola.html)
André Groz : de la naissance à la fin du travail :
pour aller plus loin :
André Gorz, Misère du présent, richesse du possible (éditions Galilée)
Interview de Patrick Chamoiseau à l’occasion de la parution de L’empreinte à Crusoé (Gallimard, 1er mars 2012), son dernier roman qui repense à neuf le mythe de Defoe à travers notamment la lecture de Parménide et Héraclite : de l’épreuve de l’Autre à la découverte de l’impensable, journal de bord d’un nauvragé sublime.
Les premières pages : l-empreinte-a-crusoe
Extrait des débats du 28 et du 30 juillet 1885
- Ferry illustre les présupposés du racisme sous la IIIe République :
« Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder (…) : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (…) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (…) Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.»
- La réponse de Georges Clemenceau, le 30 juillet 1885
« Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! (…)
C’est le génie de la race française que d’avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d’avoir compris que le problème de la civilisation était d’éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. (…) Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! (…) Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’Homme !
Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie. »
« Le christianisme nous a privés de la moisson de la culture antique, plus tard il nous a encore privés de la moisson de la culture islamique. La merveilleuse culture mauresque de l’Espagne, au fond plus proche de nous, plus éloquente pour l’esprit et la sensibilité que Rome et la Grèce, on l’a piétinée (– je ne dis pas quels pieds –), pourquoi ? parce qu’elle devait sa naissance à des instincts d’homme, parce qu’elle disait oui à la vie et le disait avec les raffinements singuliers et précieux de la vie mauresque… Les croisés, par suite, ont combattu quelque chose devant quoi il eût été plus seyant qu’ils se prosternassent dans la poussière – une culture devant laquelle notre xixe siècle lui-même ferait bien de se sentir très indigent, très « tardif ». Évidemment, ils voulaient faire du butin : l’Orient était riche… Qu’on ne fasse pas de manières. Les croisades – piraterie supérieure, rien de plus. »
NIETZSCHE
Un milliard d’humains souffre ou meurt de faim alors que nous disposons des moyens de nourrir tout le monde.
Seule l’organisation économique explique ce scandale. C’est donc elle qu’il faut changer de toute urgence. Cela commence par la reconnaissance de l’agriculture et du traitement de l’eau potable comme biens inaliénables des peuples du monde. Il faut dénoncer l’aberration qui conduit à les considérer comme de simples secteurs économiques parmi d’autres. Jean Ziegler analyse cette géopolitique de la faim dans son dernier livre et parle de Destruction massive (éd. du Seuil, 2011).
Cela passe ensuite par l’organisation de réseaux de résistance et de solidarité à l’échelle de la planète. Un tel réseau existe : il s’appelle Via campesina et ceinture la terre par le sud, de l’Amérique latine à l’Indonésie via l’Afrique :
http://video.viacampesina.org/
Ce qu’on appelle la « mondialisation » désigne en réalité une masse de flux à sens unique qui sacrifie l’intérêt général au profit d’intérêts privés : les matières premières (coton, café, caoutchouc, tabac, pétrole, uranium, jeunes sportifs) du Sud sont achetées à bas prix par les multinationales (Total, Areva, Cargill, Philip Morris…) et les Etats du Nord (équipes nationales de foot) qui en assurent la transformation en produits finis à forte valeur ajoutée.
En sorte que le défi est de réaliser la mondialisation c’est-à-dire de créer des échanges réciproques, équitables et coordonnés au bien commun.
Article à lire via Mediapart :
http://blogs.mediapart.fr/blog/guillaume-pigeard-de-gurbert/020112/realiser-la-mondialisation
Hubert NYSSEN s’est éteint ce samedi 12 novembre 2011, emportant avec lui son flair extraordinaire et son verbe inimitable.
Deux articles de qualité retracent sa vie d’auteur-éditeur :
http://www.mediapart.fr/journal/france/141111/hubert-nyssen-fondateur-dactes-sud-est-mort
http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20080221.BIB0850/la-mort-d-hubert-nyssen-fondateur-d-actes-sud.html
A lire cette interview :
Je lui rendrai personnellement hommage lorsque j’en serai capable. Pour l’heure les souvenirs se bousculent et me laissent sans voix.
L’Isola di Arturo, roman de l’écartèlement de la conscience entre le réel irreprésentable qui sidère :
« All’improvviso la strinsi, baciandola in bocca »
et la représentation du possible qui abrutit :
« Una speranza, a volte, indebolisce le coscienze, come un vizio. »

