Catégorie : Livres


Métaphysique de la clope

François Noudelmann reçoit Guillaume Pigeard de Gurbert pour son ouvrage Fumer tue: peut-on risquer sa vie? paru chez Flammarion

dans l’émission « Le Journal de la philosophie » sur France Culture

:http://www.franceculture.com/emission-le-journal-de-la-philosophie-fumer-tue-peut-on-risquer-sa-vie-2011-09-29.html

Critique de Contre la philosophie

Guillaume Pigeard de Gurbert : Contre la philosophie, coll. Un endroit où aller, Actes Sud, Arles, 2010

Le livre de Guillaume Pigeard de Gurbert est écrit pour bousculer. D’abord, par son titre, Contre la philosophie, qui laisserait à penser qu’il s’agit d’un énième pamphlet dans lequel l’auteur cracherait dans la soupe qui le nourrit – on en connaît d’autres, en ce temps de forfanterie, qui érigent les rejetons de leur paresse intellectuelle en pensées iconoclastes. Ensuite, parce qu’il part du constat que chacun a expérimenté et que tous occultent pieusement de l’impossibilité de faire de la philosophie tout en en faisant. C’est « le destin de la philosophie que de n’exister qu’à l’insu d’elle-même » (p. 8). Enfin, grâce à son style joyeux joint à une rhétorique rigoureuse qui, répondant aux injonctions d’Hubert Nyssen et de Patrick Chamoiseau, vise à raconter des histoires où se côtoient Shakespeare et les frères Fratellini, le temple grec et la piste circulaire du cirque, Karl Marx et Victor Hugo, Vincent Van Gogh et Théo, etc., et, pour conclure, un enfant philosophe affublé du nez rouge du clown.

À la manière du taon socratique, l’auteur entend nous réveiller de notre sommeil dogmatique. Il nous dit en substance : « Il est possible que la philosophie naisse de l’étonnement, cet affect qui en appelle à la raison et donc au concept, ainsi que nous l’ont appris Platon et Aristote que nous répétons à satiété depuis, mais encore faut-il s’en assurer. Et si la philosophie était justement la manifestation de son impossibilité ? ».

Un mot pour le dire : pathématique. Le pathématique désigne : « ce qui est contre la philosophie et sans quoi elle n’est pas » (p. 19). Il est l’état de la pensée qui subit à son insu une donnée extérieure qui la fait trembler et la neutralise. Or c’est cet impensable que cherche à penser la philosophie. Et c’est pourquoi, les concepts philosophiques sont toujours flottants, contrairement aux concepts mathématiques. Ces derniers (il faut prendre mathesis au sens étymologique du terme auquel se réfère Platon, par exemple) sont de l’ordre de la construction intellectuelle, du produit de la pensée. Marques de la pensée agissante, ils interviennent, par conséquent, en second quand l’esprit a été troublé par et a enregistré l’en-dehors de lui alors que la – et non plus lepathématique a pour préoccupation l’état de la pensée en tant qu’elle subit. Enfin, le « patiment » est l’état affectif que la pensée demeure incapable de mathématiser lorsqu’elle se révèle impuissante à transformer ce quelque chose en objet de pensée (p. 22). C’est pourquoi il n’est pas l’autre nom du sentiment car dans le sentiment, il y a déjà une reprise de la pensée.

Ferraillant avec l’oubli de l’être heideggérien comme avec la création des concepts deleuzienne, Pigeard de Gurbert montre que cet oubli c’est celui de l’impensable et que la création des concepts propre à chaque philosophie est une manière singulière de se rassurer mathématiquement mais aussi d’introduire subrepticement cet impensable dans le concept et, par conséquent, de le lézarder, lesté qu’il est par le patiment. D’où les portraits pathématiques qui s’en suivent, en guise d’exemples dont la description a pour fin d’illustrer la thèse : Descartes qui fait table rase de l’enfant en lui pétri de préjugés parce qu’il veut devenir homme; Platon en Hamlet jeune homme parricide de l’Un parménidien; Hegel l’homme mûr qui, parce qu’il a nié les temples grecs ouverts aux quatre vents (ce en quoi il se trompait, d’ailleurs; mais, à sa décharge, il ne pouvait pas le savoir) construit les lieux de recueillement matérialisés par les cathédrales gothiques. Puis, second temps de la démonstration, l’exposé analytique du pathétique de ces trois emblèmes de la philosophie poussés à chercher, par la médiation des concepts, à évacuer la violence pathématique exercée par l’être sur la pensée. Ainsi comprend-on le projet de mathesis universalis de l’un, la philosophie des Idées qui est le simulacre de l’état pathématique chez l’autre, et l’audace du dernier qui entend la patience du concept comme patience de l’être. Mais il n’en demeure pas moins vrai que chacun bute contre le mur de l’impensable. Au bout du compte, cette Histoire pseudo-politique de la philosophie (p. 163 & sq) ne nous conduit-elle pas, à tout le moins, à soupçonner que ce n’est pas de l’étonnement que naît la philosophie mais de la nausée de Roquentin (p. 215) ?

La dernière partie de l’essai prend acte de l’échec qui est, en même temps, la raison d’être de la philosophie, sa vie, son affaire propre. Elle en tire les conséquences. La philosophie a un adversaire, l’impensable. En revanche, son ennemi, c’est non plus ce à quoi elle se heurte mais l’autre qui blesse ou qui tue. Le tueur, machine aveugle, donc pas nécessairement antiphilosophique, mais extérieur à l’espace contre-philosophique, est de l’ordre du politique. Il prend une infinité de formes possibles qui s’enchevêtrent : économie, technique, techno-sciences, administration, culture, etc., accompagnées de leurs avatars actuels (déshumanisation, biologisation politique, judiciarisation de la vie, etc.) et se caractérise avant tout par son implacabilité structurelle qui ne tolère pas le moindre grippage de ses rouages. Il revient à l’« épiphilosophie politique » (p. 219 & sq), selon le néologisme créé pour l’occasion, de s’occuper de ces dispositifs de pouvoir et de montrer en quoi les grains de sables, dont les clowns, les saltimbanques (voir Pierrot le fou) et les enfants sont les représentants et les symboles, fissurent le système et ouvrent les possibilités de philosopher. Ainsi le livre se referme-t-il sur l’enfant philosophe au nez rouge.

On pourra toujours chipoter ici ou là et récuser les images, les redites et les télescopages et, parfois, les fulgurances ou demeurer perplexe devant les allusions. On pourra aussi critiquer et remettre en question le concept de pathématique qui est la clef de voûte de l’édifice ou relever le flou conceptuel de la notion d’épiphilosophie. Mais c’est justement ce que Guillaume Pigeard de Gurbert attend de son lecteur. Qu’il le lise et le contredise éventuellement. Qu’il philosophe, en somme. Dit autrement, Contre la philosophie est un livre de philosophie écrit par un philosophe.

Alain BILLECOQ, Inspecteur de philosophie

Fumer tue

Article paru sur le site philosophie de l’Académie de Paris :

(http://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p1_343951/lectures)

Guillaume PIGEARD de GURBERT , Fumer tue. Peut-on risquer sa vie ?

Flammarion, coll. Antidote

120 pages, 8 €

Fumer, assurément, est mauvais pour la santé. De cette évidence partagée, que peut dire le philosophe ? A partir d’un examen de la formule figurant sur les paquets de cigarettes, ce petit livre conduit le lecteur de l’analyse des mécanismes du néolibéralisme à la découverte de la dimension métaphysique de l’acte de fumer en passant par la recherche de la signification anthropologique de l’art de fumer.

Fidèle au mot d’ordre de la collection dans laquelle il s’inscrit, il s’agit d’un vrai livre de philosophie, à la fois léger et profond, destiné « à tous ceux qui veulent se construire un avis, par eux-mêmes et pour eux-mêmes ».

Professeur agrégé, docteur en philosophie, Guillaume Pigeard de Gurbert enseigne au Lycée de Bellevue à Fort-de-France.

Parution cette semaine

de ce petit livre aux éditions Flammarion

Texte de Patrick Chamoiseau

L’ARTISTE ET L’IMPENSABLE

En salut à son altesse sérénissime, le prince Guillaume Pigeard de Gurbert.

L’impensable est le magma matriciel de toute création, forme ou pensée.

Il est l’informe générique de la forme, l’indicible du dire, le paysage de l’invisible.

Il est ce vertige qui surplombe l’un et le multiple, le divers, le vivant.

Il est ce choc inaugural qui, sinon l’immense déroute, nous force à significations.

*

Ce qui rapproche l’art de la pensée véritable, l’écrivain du philosophe, le plasticien du musicien, c’est leur rapport à l’impensable comme compagnon et fondement même de toute notre existence. En face de l’impensable les grands artistes ou les grands philosophes ne prennent jamais la fuite, ou alors ils le font sans baisser le regard, dans une incandescence de beautés pathétiques qui laissent béante, et donc féconde, la tragédie.

*

Dans la confrontation à l’impensable, l’art (dans ses religions) a précédé la pensée, et la pensée l’a libéré ; mais quand cette dernière défaille, l’art peut œuvrer encore, par des forces et des formes. Dès lors, un vrai philosophe est toujours un artiste, et toute la philosophie fait masse ensoleillée chez les monstres de l’art.

*

L’œuvre d’art est ce qu’il existe de plus attentif à l’impensable de l’être.

*

Et donc : point d’art, point de poésie, point de pensée, sans un courage infini et une lucidité qui, toujours au bord de la déroute, ne désespère jamais.

Patrick CHAMOISEAU

Sur Contre la philosophie

La philosophie ne survit pas à son impossibilité ; elle en vit et se confond avec l’épreuve qui fait d’elle quelque chose d’impossible. C’est pourquoi, selon Guillaume Pigeard de Gurbert, même Deleuze et Guattari, dans leur Qu’est-ce que la philosophie ?, ont manqué l’essentiel. Ni communication, ni contemplation, ni réflexion, la philosophie n’est pas non plus simple création de concepts. Pour l’appréhender « dans son fait », il faut en suspendre les représentations ou les définitions pré-établies. L’ouvrage est passionnant d’un bout à l’autre. Il invite à surprendre le philosophe, toujours « en piste », dans la « patience de la pensée ».

Stéphane Floccari, L’Humanité

Critique de Contre la philosophie

Article de Farès Sassine, professeur de philosophie à l’Université libanaise, paru dans L’Orient littéraire :

« Contre la philosophie s’inscrit dans le sillage de Qu’est-ce que la philosophie ? de Deleuze et Guattari non toujours pour leur donner raison ou leur emprunter des notions, mais pour leur opposer des Deleuze en amont ou en aval, pour radicaliser leurs questions (l’essence de la philosophie la suppose possible), pour déplacer leurs lignes de partage (toute philosophie a subi une violence, même celles de Platon et Descartes), pour affiner certains concepts (la piste à la place du cercle), pour conduire la pensée encore plus du côté de l’art. La question qui se pose est donc : la pathématique restera-t-elle dans l’histoire de la philosophie comme le rhizome, le Dasein, la monade, le conatus, l’entéléchie… Ou faut-il répéter à son encontre le mot de Nietzsche : « Malheur à moi qui ne suis qu’une nuance ! » ? » (extrait)

article intégral en ligne :

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=16&nid=3180

Manifeste antillais

Manifeste pour les « produits » de haute nécessité

Martinique-Guadeloupe-Guyane-Réunion

SIGNATAIRES : Ernest BRELEUR. Patrick CHAMOISEAU. Serge DOMI. Gérard DELVER. Édouard GLISSANT. Guillaume PIGEARD DE GURBERT. Olivier PORTECOP. Olivier PULVAR. Jean-Claude WILLIAM.

En coédition avec l’Institut du Tout-monde
Et avec le soutien de la région Île-de-France

Janvier 2009 – « En lançant un mouvement populaire d’une ampleur jamais connue dans les Antilles, le Collectif « Lyannaj kont pwofitasion » allait très vite paralyser la Guadeloupe, entraîner à sa suite la Martinique, et provoquer des prises de conscience similaires à la Guyane, à la Réunion… Au-delà des revendications liées au pouvoir d’achat, aux profits abusifs, ce furent des masses considérables de gens, de tous âges, toutes conditions et tous secteurs d’activités, qui se retrouvèrent côte à côte dans des défilés impressionnants, des assemblées nocturnes, des veillées enthousiastes, où se libéraient les chants, la danse, la musique, la parole libre et les convivialités oubliées… De cette houle formidable émanait une aspiration profonde qui soudain insufflait de l’espoir, du rêve, du désir, et de l’appel à vivre ensemble dans des modalités nouvelles… Nous étions en face d’une « poétique » de l’existence qui dépassait le simple refus, pour devenir précieuse pour tous, valable dans tous lieux du monde, et qu’il nous fallait très simplement accompagner… » – Patrick Chamoiseau

Alors qu’une grève générale sans précédent paralyse depuis janvier 2009 la Guadeloupe et que le mouvement social touchait la Martinique, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, après Quand les murs tombent et L’Intraitable beauté du monde, ont lancé, avec sept autres auteurs antillais (écrivains, comédien, sociologue, philososophe, universitaires), un Manifeste pour les « produits » de haute nécessité.

La philosophie du bon sens

Une édition critique du livre de Boyer d’Argens (1703-1771) où l’on trouve la première définition des Lumières : penser contre soi-même.

Mirabeau

Un roman libertin du révolutionnaire : Le rideau levé ou l’éducation de Laure

Jekyll et Hyde

Le roman de Stevenson retraduit pour souligner que la dimension policière se change insensiblement en dimension fantastique.

Thérèse philosophe

Le fameux roman libertin attribué ici à Boyer d’Argens

Epicure

Les Maximes d’Épicure dans la traduction du XVIIIè siècle de l’abbé Batteux suivies d’un texte collectif : « Épicure, le bonheur sans détour »

Alice au jardin d’enfants

Traduction d’une version d’Alice au pays des merveilles écrite par Lewis Carroll lui-même.

Le philosophe-enfant

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