Au duo initié par Footit et Chocolat du clown blanc opposé à l’auguste comme le père au fils, les Fratellini substituent un trio de frères composé d’un clown blanc et de deux augustes (cf. P. R. Lévy, Les Fratellini, Actes Sud, 1997).

Ce trio permet de penser la fraternité en tant que telle, comme relation horizontale de frère à frère, délestée de la tutelle verticale de toute figure paternelle, comme j’en avais fait la remarque à R. Debray venu présenter son livre sur “le principe fraternité” en Martinique pour les 20 ans du prix Carbet : tous les frères qu’il mentionnait se définissaient par la dépendance du père. Les apôtres étaient son archétype.

Aujourd’hui je dirais, inspiré par la redécouverte par Kant de la simultanéité comme mode du temps, que la relation au père dépend de la succession et fixe une généalogie qui va du passé vers le présent, les frères descendant du père, alors que les frères sont les uns pour les autres des contemporains qui existent en même temps dans une relation réciproque de simultanéité.
Aussi bien la relation de fraternité relève-t-elle des vertus politiques du contemporain : je ne passe pas avant l’autre (domination de type coloniale), l’autre ne me précède pas (relation éthique : Levinas), nous sommes des contemporains (relation politique : laïque ?).
Le cirque aussi est chose sérieuse, et le clown, sous ses airs de pitre inoffensif, est tout aussi armé que guignol. Un clown, un guignol, un charlot : il faut savoir deviner la charge de contestation qui se trame derrière ces rebuts dont la société se moque sans se douter que le rire est une arme à double tranchant.