Une conférence de 18 minutes de Jean-Pol TASSIN qui propose une plongée dans le cerveau où l’on peut puiser une définition de la philosophie (à partir de la 12ème minute).

Un dispositif neuronal glutamique sert à recevoir les données extérieures, un autre, modulateur, permet de réguler ces données, de les « moduler ». Au cours des quinze premières années de la vie, ces deux dispositifs se couplent progressivement jusqu’à atteindre un équilibre qui empêche que le dispositif réceptif soit livré à lui-même et bascule dans la démesure comme on le voit chez l’enfant dont les émotions fonctionnent en régime excessif. C’est ce couplage des deux dispositifs, réceptif et modulateur, que la pharmacodépendance détruit, de façon irréversible, « libérant » la face sensible du cerveau du contrôle cérébral. Les données ne sont plus traitées mais simplement reçues, dans une violence sans mesure.

En termes philosophiques, on dira que la surface pathématique de la pensée est découplée de son appareillage mathématique. Le philosophe est découplé, s’il est vrai que la sensibilité de la pensée à l’impensable est le « bien » commun de toute philosophie. Et le destin de la philosophie se divise alors en deux pentes : la pente pathétique qui cherche à remettre le dehors sous la tutelle du concept; la pente pathématique (glutamique !) qui renonce au placebo conceptuel pour abandonner la pensée au dehors, quitte à exposer la philosophie à sa propre mort. Lorsque le cri retentit, le sursaut du philosophe laisse sur sa pensée une balafre inoubliable avec laquelle il va passer sa vie à s’entretenir comme de sa propre mort commencée.