Glissant, poète né en pays sismique, est l’auteur d’une poétique du tremblement. A l’été 2004, lors d’une rencontre au bord du lac Majeur, il propose comme thème commun aux participants le problème suivant : « Comment ne pas trembler ? »

Ce mois de juillet 2004, Derrida écrit un texte en profonde relation avec la pensée de Glissant :

« Il ne faut pas faire semblant de savoir ce que tremblement veut dire, de savoir ce que c’est que trembler vraiment, car le tremblement restera toujours hétérogène au savoir. La pensée du tremblement est une expérience du non-savoir. L’expérience du tremblement est toujours l’expérience d’une passivité absolue, absolument exposée, absolument vulnérable, passive devant un passé irréversible aussi bien que devant un avenir imprévisible. »

Glissant propsera dans La Cohée du Lamentin une « pensée du tremblement » (Gallimard, 2005, pp. 128-129).

Ce problème inspirera plus tard à Chamoiseau une somptueuse variation dans Un Dimanche au cachot.

Pour autant, dans cette pensée passive, il s’agit d’une pathétique du tremblement : ce sont les coups du temps comme sens interne, et de l’Autre humain qui soufflent la pensée. A ne pas confondre avec cette autre passivité où la pensée se trouve exposée à un dehors radical qui ne doit rien au sens interne ni au cercle humain, et qui est la pathématique.