Le titre même de l’œuvre renverse le slogan de Kodak de 1888 « You press the button, we do the rest » (« vous appuyez sur le bouton et nous faisons le reste »). Il s’agit pour le photographe de se réapproprier par le numérique ces restes photographiques confisqués par Kodak. « … the rest » de Jean-Luc de Laguarigue relève d’une alchimie numérique qui tire des sels d’argent d’incroyables mines d’or. Pour lui, le numérique n’est pas la fin de l’argentique mais son somptueux purgatoire.

Le titre même de l’œuvre renverse le slogan de Kodak de 1888 « You press the button, we do the rest » (« vous appuyez sur le bouton et nous faisons le reste »). Il s’agit pour le photographe de se réapproprier par le numérique ces restes photographiques confisqués par Kodak. « … the rest » de Jean-Luc de Laguarigue relève d’une alchimie numérique qui tire des sels d’argent d’incroyables mines d’or. Pour lui, le numérique n’est pas la fin de l’argentique mais son somptueux purgatoire.

Il ne suffit pas de prendre une photo pour faire une photographie. L’œil du photographe n’est pas tant sensible au réel ni à la lumière réelle qu’à l’image, à la matière et à la lumière photographiques elles-mêmes.

Cet œil du photographe qui ne guette pas le réel mais voit des photos et voit en photos, il faut bien l’appeler photo-sensible. Il ne s’agit plus de cadrer dans le viseur des pans de réel mais de recadrer des photos-négatifs, de travailler des tirages ou des négatifs standard pour leur soutirer d’authentiques photographies, notamment en poussant très loin les déformations, en grossissant démesurément le grain, ce véritable calvaire de l’industrie photographique.

« … the rest » nous introduit au cœur du désordre intime des images mentales de la belle « Suzy ». Cette série chaotique de photographies trouées, boursouflées, enchevêtrées, disloquées, sans autre ordre que l’inéluctable pente de leur décrépitude, n’offre-t-elle pas en effet une plongée asphyxiante au tréfonds de cette mémoire hors de ses gonds que la science médicale prétend identifier en lui accolant l’étiquette d’un nom propre (Alzheimer) ? The rest… vérifierait alors d’une toute nouvelle manière le mot de Braque selon lequel « l’art est fait pour troubler, la science rassure. » G. Pigeard de Gurbert

Ouvrage disponible ici : http://www.delaguarigue.com/