Le cercle et la piste

« LE PHILOSOPHE parle de cercle, mais c’est un cirque qu’il a dans la tête. Sa pensée est une piste ouverte, à un certain endroit, par où entre le dehors qui se trouve là-contre. Du reste, Hegel ne dit jamais que la philosophie est un cercle, mais bien que c’est un cercle “revenant sur lui-même” et donc que c’est le mouvement de le fermer qui définit la philosophie et non le cercle tout tracé. Sa philosophie con siste précisément dans les efforts du concept pour refermer le cercle. Et, dans ce mouvement du cercle en train de se former, la philosophie affronte le risque que ce tracé rencontre en chemin des entraves qui l’empêchent de se fermer sur soi, qui le condamnent à l’inachève ment, à l’incomplétude, et qui le laissent de ce fait ouvert à toutes sortes d’intrusions étrangères. Il faut donc concevoir la philosophie non comme un cercle tout fait mais comme une piste, qui est un faux cercle : derrière le rideau se cache une ouverture qui brise le cercle apparent et ménage un accès au dehors. »                                                                                                                             (p.158-159)